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Le Consensus citoyen interpelle le gouvernement Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-03-2008

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Maître Jean Didier Kissambou
Le Consensus citoyen du Dr Marcel Guitoukoulou a tenu sa première université citoyenne à Sedan (France) en novembre dernier. Maître Guy Kissambou, avocat au Barreau d’Aix en Provence, Commissaire à la vie démocratique, porte parole, donne la substance de la rencontre placée sous le signe du renouveau.

** Quel a été le thème de la rencontre de Sedan ?

Guy Kissambou : La Commission exécutive nationale du Consensus citoyen a organisé cette première université sous le thème évocateur de : «Quoi de neuf sur le front des luttes sociales et politiques au Congo ?»

** Pendant les débats, vous avez passé en revue les grands événements qui ont secoué le Congo, quel est votre point de vue, sur le procès des disparus du Beach ?

* Il convient d’abord de congratuler le Parquet de Brazzaville qui a eu l’audace et la bonne volonté d’engager l’action publique dans le strict souci d’apporter toute la lumière sur cette affaire tragique.

Il est évident que la décision prise par le juge dans cette affaire n’a pas donné entière satisfaction aux familles des victimes.

Cependant, il n’est pas opportun de faire un quelconque commentaire sur une décision judiciaire fût-elle juste ou injuste. En revanche, on peut tout de même déplorer le montant des indemnisations alloué aux familles des victimes. La justice ayant condamné l’Etat congolais à cette somme dérisoire, elle n’a pas tenu compte de tous les chefs de préjudice subis par les familles.

Le Consensus citoyen exhorte, le gouvernement, pour qu’il décrète une journée du souvenir et érige une stèle à la mémoire des disparus pour la postérité.

** Le pétrole, principale ressource nationale, ne profite pas au peuple congolais, quelles ont été vos conclusions sur la question ?

* La question semble pertinente, difficile en tous cas. Il serait hasardeux de prétendre y apporter une réponse définitive en deux ou trois lignes.

Une chose est certaine, le budget de l’Etat congolais est en grande partie alimenté par les ressources pétrolières. Or, parmi les dépenses importantes de l’Etat, il y a celles de la fonction publique. C’est ainsi qu’elle est considérée comme l’une les plus « budgétivore » d’Afrique centrale
.

Paradoxalement, les émoluments des fonctionnaires et les primes subséquentes sont payés en dents-de-scie et les services publics élémentaires sont quasi inexistants !.

Cependant, obnubilés par les recettes faramineuses engendrées par le pétrole (332.000 barils/jour d’après les chiffres communiqués par les producteurs à leurs actionnaires) les différents gouvernements qui se sont succédés au Congo ont leur part de responsabilité dans la gestion opaque de la rente pétrolière.

La SNPC et les autres sociétés satellites n’ont pas donné des résultats probants, bien au contraire. On constate malheureusement que la gestion du pétrole congolais par le biais desdites sociétés produit un effet de saupoudrage.

La gestion du pétrole congolais ne doit pas être le monopole d’une seule formation politique mais, plutôt l’affaire de l’ensemble de tous les Congolais. C’est pour cette raison que, nous proposerons au gouvernement et à la prochaine législature du Parlement, une première ébauche de notre programme sur la gestion des ressources minières et stratégiques ; parce que, nous estimons que, ces ressources stratégiques devraient être gérées dans un cadre triptyque qui réunirait à la fois, le gouvernement, les opérateurs économiques nationaux par le biais
d’une vraie entreprise publique nationale et enfin le parlement qui devrait mettre sur le chantier un observatoire national chargé des ressources stratégiques. Les recettes seraient déposées dans un sous-compte au Trésor public. Ce compte serait régulièrement contrôlé par la Cour des comptes et la Commission finances de l’Assemblée.

** Depuis le mois d'octobre 2005, l'ancien Premier Ministre Bernard Kolélas est rentré au Congo à la faveur du décès de son épouse. Ne pensez-vous pas que, le moment est plus que jamais venu pour une amnistie en faveur de tous nos compatriotes en exil ?

* La Commission exécutive nationale du Consensus citoyen a apprécié l’initiative du Président de la République qui a autorisé à l’ancien Premier Ministre M. Bernard KOLELAS, de rentrer au Congo. La loi d’amnistie, qui vient d’être adoptée, justifie la volonté du Chef de l’Etat de réconcilier tous les Congolais et de rétablir la paix dans le pays.

Mais, il est souhaitable que le Président de la République aille au bout de sa logique en favorisant, dans le cadre d’une loi d’amnistie générale, le retour au bercail de tous les Congolais en exil
.

** La République du Congo est dans un climat de «ni paix ni guerre». Quelle est la solution du Consensus citoyen pour un règlement global et définitif de la crise qui date de dix ans ?

* Le constat est fondé et se passe de commentaires. Le Consensus citoyen est la première force civile au Congo qui a eu le mérite d’assurer la médiation entre les différents protagonistes peu après les événements armés qui ont secoué le pays.

Notre mouvement prône depuis lors, la réconciliation nationale, le renouveau démocratique et la reconstruction du pays dans une démarche consensuelle. La tenue en avril 2001 de la Convention nationale en est la parfaite illustration.

Cependant, la situation dans le département du Pool est assez ambiguë et montre les limites des accords tous azimuts signés entre le gouvernement de la République et le révérend pasteur N’TUMI. Nous savons tous et cela est vérifié, pour qu’une négociation réussisse, il faut non seulement qu’elle soit secrète, mais en plus, il ne faut pas qu’il y’ait une kyrielle d’interlocuteurs.

Les différents comités chargés du ramassage des armes dans le Pool et les autres commissions parallèles n’ont pas pu donner les résultats escomptés. Ils sont en échec total dans leur stratégie de réinsertion des miliciens en dépit de l’importance des fonds engagés. Les récents affrontements en sont une des conséquences irréfutables. Ainsi, la question de leur dissolution ne doit plus se poser.

Le département du Pool ne doit pas être marginalisé et demeuré une zone de non droit. Dans le soucis de rétablir la paix véritable au Congo en général et au Pool en particulier, le Consensus citoyen a toujours proposé au Président de la République de prendre ce problème à bras-le-corps.

Le Chef de l’Etat devrait, sans plus tarder, nommer un Ministre délégué à la présidence, chargé de la concorde civile et de la démobilisation des milices. Dans le même esprit, la formation d’un gouvernement de large coalition politique et incluant la société civile est une condition sine qua non de la paix véritable.

** Le département du Pool a été totalement détruit, comment voyez-vous la reconstruction socioéconomique de ce département ?

* En raison de son état de délabrement avancé, la situation du Pool doit, nous interpeller tous. Il est impérieux d’allouer un fonds spécial dans le cadre d’un plan d’urgence de réhabilitation des infrastructures sociales et économiques. Ce fonds, devrait permettre ipso facto, la reconstruction du département et la relance de son économie. Le rapport publié par CARITAS CONGO en novembre 2004 corrobore ces préoccupations.

Mais, il conviendrait d'y finaliser les accords de paix et de rétablir l’ordre public.

** Le système éducatif est dans une situation misérable. Comment avez-vous examiné cette question lancinante pour une démarche globale ?

* Même si vraisemblablement, les enseignants ont repris leurs activités, cela ne signifie aucunement que tous les problèmes qui ont justifié la grève ont trouvé des solutions.

Le malaise est tellement profond qu’il est difficile à l’heure actuelle,
de faire croire que tout sera résolu avec le milliard de francs CFA promis par le Président de la République. Si hier, c’était les enseignants qui ont exprimé leur mécontentement, demain, ça sera peut être le tour des agents de la santé à dire leur mot, etc. Ce qui revient à dire, que c’est toute la Fonction publique congolaise qui connaît une crise grave.

Au lieu de recourir à une méthode de réforme à petits pas truffée d’ambiguïtés, le gouvernement devrait simplement envisager une grande reforme de l’Etat et de sa Fonction publique en tenant compte de l’évolution de la situation sociale, politique et économique du pays.

Depuis près de 30 ans, la bourse des étudiants demeure à 30.000 F. CFA ; certains enseignants ont un statut ridicule d’appelés volontaires avec une allocation de 75.000 F. CFA ; certains fonctionnaires qui bénéficient dans le cadre normal de l’évolution de leur carrière d’un avancement, ne puissent profiter de l’effet financier qui en découle (…) Nous demandons au gouvernement de revaloriser l’indice salarial de tous les fonctionnaires.

Propos recueillis par Chris MBEMBE

Paru dans l'Observateur n°335, semaine du 05 au 11 décembre 2005
 
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