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L’exclusivité du Dr Marcel Guitoukoulou Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-03-2008

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Dr Marcel Guitoukoulou
La diaspora parle du Pool

Le 15 février dernier, les cadres et fils du Pool se sont retrouvés à l’aumônerie universitaire pour chercher des solutions devant ramener dans leur région la paix.

A propos, nous avons rencontré le Dr Marcel Guitoukoulou, l’un des artisans de cette rencontre. Au centre de notre entretien, la stratégie des congolais de la diaspora sur la question du Pool meurtri à fond. Vivant en France depuis plus d’une quinzaine d’années, le Dr Marcel Guitoukoulou est le Président d’une fondation qui porte son nom, dont les activités concernent essentiellement la pacification du Congo et l’aide aux citoyens en difficulté.

Pendant son séjour à Brazzaville, il a mené beaucoup d’autres activités dans le cadre de l’éducation, notamment, la réhabilitation du centre d’éducation préscolaire de Mfilou et l’inauguration du centre informatique à l’Eglise Ndona Marie où seront formés près de 120 élèves en un mois. Bref, le Dr Marcel Guitoukoulou s’est impliqué dans l’humanitaire mais également dans l’aide à apporter aux hommes politiques pour trouver une plate-forme de discussions.

Il est sans ignorer l’homme qui avait, sur fonds propres, organisé les premières missions chirurgicales à l’hôpital militaire de Brazzaville pour voler au secours des victimes et blessés de guerre en 1997.

Promoteur du site « Kimpwanza » qui veut dire « un vent de liberté, de l’indépendance », le Dr Marcel Guitoukoulou s’est investi pour la paix dans le Pool. Voici l’entretien que nous avons eu avec lui.

Kimpwanza : Certaines personnes constatent que vous qui faites parti de la diaspora êtes contre le pouvoir de Brazzaville. Infirmez ou confirmer-vous cette assertion ?

Dr Marcel Guitoukoulou : Je n’ai jamais été contre qui que ce soit, c’est-à-dire contre le pouvoir ni contre l’opposition. Moi-même, je ne suis ni dans la majorité ni dans l’opposition. Mais je suis un citoyen qui, dans sa façon de faire, de mener la réflexion, de coordonner son groupe de réflexion, d’essayer d’apporter sur la table des politiques (l’opposition et pouvoir) toute la matière nécessaire pour bâtir notre pays. Dire que ceux de la diaspora sont tous contre, je dirais non. Il y a des gens de la diaspora qui pour la majorité, soutiennent ceux qui sont au pouvoir. Je dirais donc que cette pensée est une interprétation beaucoup plus erronée sur la question. Les lignes de démarcation entre l’opposition et la majorité que vous avez ici se retrouvent à l’extérieur comme à l’intérieur. Tout le problème réside dans la capacité des acteurs de chaque camp à pouvoir mener ce combat dans un esprit de tolérance et de démocratie.

Kimpwanza: Vous vivez en France depuis un certain nombre d’années. Quelle idée avez-vous de la ville de Brazzaville ?

Dr M.G : Je suis à Brazzaville deux fois par an. Je sais que Brazzaville s’appauvrit au jour le jour. En plus q’il n’y avait cette ville, mais l’ensemble du pays s’appauvrit tous les jours. C’est là, justement que nous commençons à devenir critique vis-à-vis de la manière dont les affaires de l’Etat sont gérées. Dans un pays exportateur de pétrole j’ai été, par exemple, très surpris de constater que depuis mon arrivé, il y a un problème de carburant dans cette ville. Car, il fallait voir les files d’attente devant les stations d’essence pour obtenir un litre de carburant. Raison : c’est le problème de chemin de fer, l’approvisionnement n’est pas fonctionnel à 100% jusqu’à Brazzaville. Certes, le chemin de fer n’est pas fonctionnel, c’est parce que la région (Pool) qu’il traverse vit des problèmes d’insécurité. Si ces problèmes ne sont pas réglés, évidemment l’approvisionnement de la capitale en produits pétroliers ne pourra se faire de manière régulière. Donc, les souffrances sont encore beaucoup plus difficiles pour les populations. Il faut donc, dans la politique gouvernementale qu’il soit apporté des correctifs de façon que l’excédent pétrolier que nous avons en argent soit redistribué de manière correcte aux populations, assurer un minimum incluant à la fois l’approvisionnement en eau potable, la politique énergétique en faveur des ménages, le désenclavement de l’intérieur du pays, l’accès à l’éducation et à la santé pour tous.

Kimpwanza : Un général congolais avait révélé que le pays est géré comme une épicerie familiale. Quelle est votre réaction à ce propos ?

Dr M.G : J’en conviens, c’est un peu le constat que tout le monde fait. Malheureusement c’est comme une épidémie en Afrique. On est Président et on s’entoure de sa famille, le gouvernement c’est un club d’amis… Il faut que nous sortions de cette politique. Il n’est pas interdit de responsabiliser les membres de famille qui ont une certaine compétence. Mais, quand nous voyons dans certains pays africains que la plupart de ceux des familles des chefs d’Etat, des ministres où des premiers ministres qui sont aux responsabilisés, exercent le pouvoir avec autant de légèreté, je dis que ce n’est pas une bonne façon de faire. Il faut remettre le pays aux cadres, technocrates capables d’assurer la gestion saine de l’économie nationale.

Kimpwanza : Le carburant serait bloqué par la situation que traverse le département du Pool. Une rencontre a eu lieu auquel vous avez pris part. S’il vous était demandé d’ébaucher un plan ou une stratégie pour ramener la paix dans la région du Pool. Que diriez-vous ?

Dr M.G : En ce moment, la question du Pool est l’une des grandes préoccupations du Consensus Citoyen (mon groupe de réflexion) pour la renaissance du Congo Brazzaville. En rappel, je vous dirais qu’au mois de novembre 2005, nous nous sommes retrouvés à Sedan dans le cadre de l’Université citoyenne au cours de laquelle nous avons parlé de la pacification de la région du Pool. Nous avons mis à la disposition des politiques, notamment au Chef de l’Etat, de Bernard Kolélas et du Président du Sénat, un dossier que nous avons intitulé « Le Pool, le défi de la reconstruction et l’intégration républicaine ». Ce dossier donne une place prépondérante aux pistes de réflexion qu’il faut exploiter pour sortir le Pool de cette situation de crise. Ces pistes sont soutenues par trois engagements.

Le premier pilier est politique. Nous pensons que la situation est éminemment politique dans le Pool, il faut donc une réelle volonté politique nationale pour en sortir. Le révérend Pasteur N’tumi et le gouvernement de la République ont paraphé des accords dont l’effectivité n’est pas encore atteinte. Il faut donc aller jusqu’à l’application effective de l’ensemble des accords pour permettre au Pasteur N’tumi d’être resocialisé. Que le Président de la République puisse s’impliquer dignement dans le cadre de la recherche d’une solution définitive politique à la crise du Pool. Ce n’est, certainement pas au travers des Comités de suivi, Haut commissariat, organes connexes que le Président s’impliquera, bien au contraire, Il dilue son action en la répartissant en trois, quatre voir cinq groupes qui gèrent la même question du Pool, alors qu’on aurait pu ramener (c’est le souhait du Consensus), l’ensemble de ces questions autour d’un ministère délégué à la présidence de la république qui s’occuperait des questions de la concorde civile, de la solidarité et de la démobilisation des milices donc de la réinsertion des ces jeunes qui sont versés dans la violence, vers une vie sociale qui leur soit porteuse d’espoir.

D’autre part, ces comités ad hoc, comité de suivi ou organes connexes, et tous ces commissariats qui coûtent un fric énorme à l’Etat congolais n’ont plus de raison d’exister. Puisque ces bagatelles peuvent servir à la reconstruction d’une région. Pour l’instant, il est reversé entre les mains des cadres plus ou moins véreux qui utilisent l’argent à leur fin, d’autant plus qu’il n’y a pas de transparence dans la gestion de ces fonds, pas de bilan rendu aux populations… c’est un peu frustrant !

Le deuxième pilier est un engagement citoyen qui oblige les citoyens du Pool eux-mêmes à pouvoir donner à la République une cinglante leçon de démocratie en organisant un dialogue sans exclusive à l’intérieur des frontières du département du Pool. Cela veut dire, les fils et filles du Pool doivent se retrouver et se dire de façon à ce que de cette concertation fraternelle sorte une solution citoyenne qui permette au Révérend Pasteur de revenir à Brazzaville et de se réinsérer lui-même dans le monde de la politique comme il le souhaite. Parce que si le Pool continue à s’enfermer, à s’excommunier, à se marginaliser, à se transformer en véritable bande de Gaza dans laquelle les populations sont livrées à la violence où la seule chose qui permet de survivre est la loi de la jungle, du plus fort, des armes… je ne suis pas sûr que le pays soit en tranquillité car il ressemblera à une sorte de poudrière prête à embraser à nouveau la République.

Le troisième pilier est celui de la reconstruction économique et sociale qui doit se faire, non pas par le biais des organisations non gouvernementales - qui d’ailleurs ne dure pas longtemps – mais par la reconnaissance du Parlement que le Pool est un département sinistré parce que supportant l’ensemble du poids de la guerre et du conflit national du 5 juin 1997, et il mérite une ligne budgétaire spéciale au travers d’un plan prioritaire de reconstruction que d’aucuns sous d’autres cieux appelleraient « Plan Marshall ».

Il n’y a pas d’autres solutions pour sortir le Pool d’une situation désastreuse sur le plan des besoins fondamentaux des populations. Cette région est complètement enclavée. Le trajet Brazzaville Kinkala prend 10 heures sinon plus. L’espérance de vie y a beaucoup baissé par rapport à la moyenne nationale. Le système éducatif y est catastrophique. L’exemple montre qu’on y retrouve des enfants de 13, 15 ans au CPI. C’est très déplorable pour le pays puisque à bientôt une dizaine de génération sera plus qu’alphabétisée au lieu d’être éduquer dans le moule constitutionnel de la formation.

Kimpwanza : Le Pool traverse une crise grave. Qu’avez-vous fait pour éradiquer ce mal ?

Dr M.G : Cette situation m’interpelle personnellement. J’avais été amené à travailler depuis bientôt deux ans à la réunification des fils du Pool pour essayer de concrétiser ce projet de concertation. Cette démarche est bien enclenchée, car depuis mon arrivée à Brazzaville, les contacts pris avec les hommes politiques, les clergés et d’autres personnalités du Pool nous ont conduit à organiser le 15 février dernier à l’aumônerie de Brazzaville sous la présidence de Mgrs Louis Portella, Ernest Kombo, Anatole Milandou l’avant concertation des fils du Pool prélude à la grande concertation sans exclusive à l’intérieur des frontières du département du Pool. Et, nous y sommes sortis le cœur léger parce que nous sentions une volonté populaire de tous les fils et filles de ce département à avancer vers une recherche de la solution définitive à la question du Pool. Mais ce qu’il faut c’est s’il y a eu jusqu’aujourd’hui beaucoup de rencontre dans ce sens que cette dernière ait au moins la spécificité qui lui donne les chances de succès. Car tous les groupes qui ont travaillé dans le Pool sont d’accord pour mettre à la disposition du comité mis sur pieds à cette concertation tous les documents de travail pour que ce comité puisse, non seulement les recenser, mais les rédiger en document synthèse, en faisant des propositions qui collent au plus près de la réalité par rapport à la crise du Pool.

La deuxième spécificité, c’est la première fois qu’on a vu s’exprimer publiquement à Brazzaville, des représentants du Révérend Pasteur N’tumi qui d’ailleurs ont intégré à cœur joie le comité pour travailler ensemble à la convocation de cette concertation pour relever le défi de la reconstruction du département et sa réintégration dans la communauté républicaine et civilisée.

Kimpwanza : Certaines personnes pensent que votre rencontre a été organisée pour empiéter le plan tracé par Bernard Kolélas, celui de rencontrer le Pasteur N’tumi.

Dr M.G. : Il n’y a aucune raison que cette concertation Pool-Pool vienne pour se désolidariser du Président Bernard Kolélas. Au contraire, nous apportons de l’eau au moulin de la démarche de celui-ci. Mais, il faut également arrêter de résonner comme si le département était un monopole de quelqu’un. Ce département n’est pas le monopole de Guitoukoulou, ni de Milongo, ni Ernest Kombo, ni Bernard Kolélas. Il est un patrimoine commun. Personne n’a un monopole spécifique ni particulier sur ce département. Ce que je sais, j’admets, ce que je comprends et ce auquel je travaille. C’est de faire en sorte que toutes les énergies soient rassemblées dans le respect de nos us et coutumes Kongo pour qu’ensemble on trouve une solution à la situation du Pool. On ne peut abandonner cette question entre les mains d’un seul individu, ni des groupes politiques, ni des groupes de la société civile. Par contre, il faut qu’il s’exerce une sorte de complémentarité dans la recherche de la solution. En tant que société civile, citoyens, fils du Pool, nous sommes quand même les premières victimes. Nous devrons nous impliquer. A la différence des citoyens, les politiques qui sont impliqués dans plusieurs alliances réagissent en fonction des intérêts politiques qui sont les leurs, en fonction de leurs alliances. Mais le citoyen qui ne peut pas vaquer librement à ses occupations ou qui ne peut pas être évacué dans le temps et dans le délai dans un hôpital à Brazzaville, l’enfant ou le jeune homme qui n’est plus éduqué mais réduit à l’alphabétisation simple dans le département du Pool. Bref, tous ces malheurs sont le chapelet de plaintes des paysans qui sont près de la réalité.

Il faut donc prendre en compte les demandes de la base pour les remonter afin quelles soient imposées cette fois aux hommes politiques.

Ainsi donc, nous accompagnons la démarche de Monsieur Bernard Kolélas. Nous ne sommes pas, dans le cadre de cette concertation, dans une logique de pouvoir exclure qui que ce soit, bien au contraire. D’ailleurs, le comité mis en place a eu pour mission d’entrer en contact avec le Président Bernard Kolélas et bien d’autres personnalités pour les assurer et proposer ses services dans le cadre de la démarche qu’il entreprend en direction du Révérend Pasteur N’tumi. Le Comité lui-même également prendra des initiatives pour rencontrer ce dernier parce qu’il a accepté de faire partie du comité qui va travailler dans le cadre de la pacification du département à travers le dialogue Pool-Pool. Donc, il n’y a pas de raison que la démarche du Président Bernard Kolélas soit empiétée. Accompagnons le dans sa démarche mais qu’il comprenne et accepte pour une fois maintenant que la population a besoin de dire sa voix dans le cadre du règlement pacifique de cette question et dans celui d’une paix définitive dans la région du Pool.

Kimpwanza : Il est dit que ceux qui mènent un combat de liberté sont souvent propulsés au devant de la scène par les politiques au pouvoir pour faire double jeux. Qui vous soutient dans votre combat politique et humanitaire ?

Dr M.G : Le peuple congolais.

Propos recueillis par Sébastien Patrick Dzéba
 
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