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15-11-2007
Fragments de discours sur les particularismes d'une économie en désarroi

Prédisposé à paraître comme prospère au regard de ses innombrables ressources naturelles, le Congo est apparu peu à peu comme un pays d’une extrême pauvreté. Cet appauvrissement est l’aboutissement d’un long processus historique qui porte la marque des conflits auxquels le pays demeure exposé. Des stigmates d’une instabilité politique récurrente, les méfaits des diverses guerres, détruisant le socle d’une économie naguère florissante au regard des économies africaines voisines au lendemain des indépendances.
 

Cette dégradation continue est le fait des politiques économiques, des échecs cumulés de ces diverses politiques : politiques économiques d’inspiration marxiste où le  collectivisme était le dogme et l’étatisation, la règle ; puis politique libérale. Les plans quinquennaux et les divers plans d’ajustements structurels inspirés, et impulsés par les organismes financiers internationaux n’ont pu arracher le pays de sa misère. Cette destruction l’a confiné dans une économie de rente où la seule monoproduction du pétrole devait assurer l’essentiel des revenus de l’Etat, faisant éclipser d'autres activités, comme le bois qui constituait jadis le ferment de l’économie.

Ainsi en est-il du caractère spéculatif, peu favorable à l’investissement à long terme et au travail productif qui induit cette rente. On ne saurait autrement expliquer l’effondrement du secteur agricole qui constituait la principale activité de la population. De cette économie excentrique et chaotique naît une inflation chronique que les divers expédients ne parviennent plus à maîtriser. La brillante expansion du secteur pétrolier ne parvenant guère à masquer la vulnérabilité de celle-ci. Tandis que s’accomplit cette degenerscence, le tissu social se disloque, jetant ainsi des larges pans de la population dans la plus totale des précarités .Cette paupérisation a, en outre affecté une frange de la population qui semblait constituer une classe moyenne.

Il en résulte une désarticulation de l’économie qui fait de l’industrie pétrolière, une enclave. Celle-ci occupe en fait une place prépondérante : 33% du PIB, 85% des exportation  soit 53% des revenus de l’Etat. L’expansion du secteur pétrolier créeant une impression de prospérité généralement dans les villes , laissant le reste du pays dans le dénuement .La multiplicité récente des sociétés des services et , ou de sous-traitance n’enlève rien de cette illusion d’optique. Elle est une forme de redistribution de la rente au profit d’une oligarchie, laquelle demeure structurée sur des bases ethniques où des membres d’une même famille peuvent  gérer des véritables empires.

La liste des entreprises aux mains d’une même famille est impressionnante. La privatisation tous azimuts devient le credo d’une économie reconvertie au libéralisme. Celle-ci , en fait, commence avec les entreprises publiques telles que la SNE , la SNDE , l’ATC, LINA CONGO… souvent au détriment de l’utilité sociale a laquelle répondaient ces entreprises. Cette privatisation s’est opérée en faveur du capital étranger par le jeu des conglomérats ou groupes, où ne figure que très symboliquement le capital domestique représenté par une bourgeoisie d’Etat, d’essence compradore pour emprunter une terminologie marxiste. Tirant ses revenus de la rente , celle-ci trouve dans son recyclage les moyens de se muer en actionnariat à défaut de la thésauriser ou de l’expatrier.Il advient une hypertrophie du secteur privé local où le secteur informel apparaît comme un pendant naturel de l’excroissance.

Notons que le secteur informel est une caractéristique essentielle du tiers-monde, il est un des traits marquants des économies sous-développées, plus particulièrement au Congo. C'est la marque d’une économie dualiste où, à coté d’un secteur prétendu moderne et balbutiant, subsiste un vaste secteur traditionnel porté sur l’instinct de survie qui échappe au circuit d’une comptabilité nationale. Il traduit l’incapacité des gouvernants, à transformer en forces vives, le vivier que constituent ces couches déshéritées. Il est de facto le lieu d’une transposition de luttes de classes où les plus entreprenants et les plus hardis rendent à l’état de servitude les plus démunis.

L’irruption de la bourgeoisie d’Etat sur les rênes de l’économie africaine devient problématique. Etrangère, donc éloignée de la culture de l’entreprise, celle-ci ne peut induire les progrès économiques nécessaires. Son irruption, en fait brise les velléités d’émergence d’une bourgeoisie locale, authentique, orientée dans une quête de profits et de maximisation de croissance, tant elle éponge le surplus financier nécessaire à ce dernier. Selon une maxime « on ne prête qu’aux riches » il exerce un effet d’éviction sur le marché financier en apurant les crédits et ressources nécessaires au capitalisme naissant. 

L’omniprésence de la bourgeoisie d’Etat dans les sphères de l’économie et le peu d’activisme qui le caractérise induit des risques pour l’économie locale, risques d’ossification, risques de glissement vers un capitalisme de rente.

Dans une économie planétaire donc mondialisée, l’esprit d’initiative, de créativité apparaissent comme autant de facteurs qui militent en faveur d’un développement ambitieux. Or, seul un développement ambitieux et équilibré, orienté vers la couverture des besoins domestiques voire régionaux, tourné vers le marché international, est capable d’engranger des gains de productivité et des profits nécessaires à la croissance. Une redistribution des revenus par le biais du salariat peut briser la spirale de la pauvreté qui mine le pays, laquelle fait le lit de l’éthnicisme.

Cicéron MASSAMBA
est diplômé des Facultés de Droit et de Sciences Economiques de Paris, Docteur en économie et finances internationales.

 
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